La Fête des Couleurs semble avoir déjà commencé à Jodhpur

Jodhpur, la Perle bleue du Rajasthan

L’Inde était un rêve de gamin. Vous savez, le rêve plein de clichés qu’un enfant peut avoir et qu’on lui pardonne. Je voulais voir les fameuses vaches sacrées dans les rues, le palais de marbre et d’or d’Aladdin et de Jasmine, les couleurs des tenues, les senteurs de fleurs…L’Inde est certainement le pays pour lequel j’avais le plus d’attentes. Au fil des conversations et des échanges en France, je comprends que tout ne sera pas comme je l’avais imaginé. On me parle surtout de la saleté du pays, de la mendicité à chaque coin de rue, de la cuisine épicée qui rend malade… Bref, la photographie que j’avais sur l’Inde a déteint, avant même d’y avoir posé le pied. Pourtant, l’Inde est, à ce jour, la plus belle des destinations que j’ai eu la chance de visiter.

Raconté PAR BRICE
photos de Brice Marquis-Sébie & Johan Mazzarino

Dans les ruelles escarpées de Jodhpur
Dans les ruelles escarpées de Jodhpur

Voilà plusieurs jours que nous sommes arrivés en Inde du Nord.
Après l’effervescence de Delhi, nous arrivons très tôt à la gare de Jodhpur, deuxième ville du Rajasthan. Celle qu’on surnomme la Ville Bleue en raison de la couleur de ses maisons sera mon coup de cœur du séjour. Nous grimpons dans un TukTuk, direction The Blue Guest House, l’une des maisons d’hôtes qui possède une vue à 360° sur la ville et sur son Fort, le sublime Meranhgart Fort. La montée est raide et la route sinueuse mais le TukTuk se faufile, passant parfois à quelques millimètres des édifices ou des vaches sacrées qui roupillent au milieu de la route. Une fois arrivés, nous profitons de ces quelques minutes de paix sur la terrasse offrant une vue imprenable sur Meranhgart, qui domine la ville de toute sa splendeur, avant de partir explorer à pied ses vieilles ruelles.

Jodhpur nous surprend déjà par sa propreté. Tout voyageur qui débarque en Inde restera perplexe devant l’insalubrité de certaines rues, un développement très rapide d’un pays de plus d’un milliard d’habitants n’est pas sans conséquences… À Jodhpur, les ruelles étroites sont très bien entretenues et les marchands de rue dépoussièrent et balayent toute la journée leurs étals.
On trouve de tout dans les petites échoppes le long des rues de la vielle ville. Des produits de consommation courante, aux tissus et autres saris resplendissants, sans oublier les épices et les fruits et légumes colorés qui agrémentent la rue. En cette période de Holi, la célébration de l’équinoxe du printemps, aussi appelée Fête des Couleurs, les Indiens sont d’humeur festive. Une allégresse générale dans les rues, où l’on croise, déjà, des indiens aux vêtements recouverts de poudre de couleurs.

Chaque coin de rue, chaque petite place, est un tableau en soit. Les façades si bleues, si intenses sont propices à la balade, même sous une chaleur étouffante. On s’interroge alors sur cette fameuse couleur. On apprend ainsi que le bleu des maisons aurait signifié que celles-ci appartenait à un Brahane, l’une des quatre castes indiennes. Une seconde explication, plus concrète, est que le bleu permet, au même titre que le blanc dans les pays du Sud, de protéger du soleil et de la chaleur. C’est d’ailleurs la raison unique que nous donneront les locaux rencontrés sur place. Enfin, une dernière explication est avancée : la couleur bleue serait un repoussant efficace contre les moustiques. A bon entendeur…

Vue des murailles du Fort Mehrangarh depuis la vieille ville
Vue des murailles du Fort Mehrangarh depuis la vieille ville

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Le Bindi, ce point de couleur qu’on vous place au milieu du front souvent rouge, est avant tout un symbole de chance et de festivité

Sur l’une des places, proche d’un des nombreux temples Indous de la ville, une buvette improvisée a été installée par les habitants. Les derniers tubes bollywoodiens résonnent à fond dans la rue. Les Indiens nous invitent à nous y arrêter, à danser et à déguster un Tchai. Il fait chaud, très chaud et la foule est de plus en plus nombreuse. C’est la sortie du temple. Les Indiens ont déjà commencé à célébrer la Fête des Couleurs ici. Ils nous invitent chaleureusement à rentrer dans le temple Hindou pour y découvrir un parterre parsemé de fleurs, de poudres de couleurs rose, orange, verte, bleue…
On nous offre aussi des biscuits qu’il faut couper puis partager avec un inconnu. Nous recevons l’habituel Bindi, ce point de couleur qu’on vous place au milieu du front.
Le Bindi, souvent de couleur rouge, est avant tout un symbole de chance et de festivité. Historiquement, il possède plusieurs évocations religieuses mais désormais, il apparaît dans la plupart des cas, comme un bijou d’ornement, un signe d’intégration et de festivité.
Des enfants courent partout dans le temple et s’amusent, avec un peu d’appréhension, à nous jeter de la poudre. Durant Holi, il existe un geste, bien particulier, pour jeter une couleur sur une personne. Il faut, dans un premier temps, mettre de la poudre sur sa main et venir caresser les deux joues de son interlocuteur, en lui souhaitant un « Happy Holi ». Ce geste se termine ensuite par une embrassade, de gauche à droite, qui vient illustrer tout le sens qu’on donne à ces festivités où les barrières sociales tombent et les castes se mélangent le temps d’une journée. On intègre ainsi la personne dans son espace et on lui souhaite de la chance pour le reste de l’année.

Nous ressortons du temple, un peu sonnés mais ravis. Cet instant improvisé annonce pour nous le début des festivités de Holi qui se poursuivra jusqu’à Mathura, la ville de naissance de la déesse Krishna, divinité centrale de l’Hindouisme.

Nous continuons notre marche dans les ruelles étroites de Jodhpur, le visage et les cheveux teints de rose et de rouge. Tous les Indiens que nous croisons, nous souhaitent un « Happy Holi »
avec un sourire malicieux. Ils sont ravis de nous voir ainsi, intégrés dans leur culture, participer à leur fête nationale.

Ce n’est pas une légende : en Inde,  les vaches sont sacrées. Il est inimaginable pour un Indien de frapper ou même  de contraindre une vache
Ce n’est pas une légende : en Inde,
les vaches sont sacrées. Il est inimaginable pour un Indien de frapper ou même
de contraindre une vache

La nuit tombe doucement. Nous laissons l’agitation de la place pour nous rendre à pied jusqu’au château de Meranghar, l’un des plus beaux édifices du Nord de l’Inde

Nous arrivons sur la place du Marché, située près de la Clock Tower. Si l’édifice ne retiendra pas forcément notre attention, la vue en hauteur sur le Ghanta Ghar Market, situé tout autour, est passionnante. Observer le balais des vendeurs de babioles, des femmes Bishnois, cette communauté typique de Jodhpur si reconnaissable à leur tenue vestimentaire, qui viennent en ville vendre des bijoux, les terrasses de café bruyantes, les cris des vendeurs à la sauvette…
Nous nous arrêtons pour profiter un peu de la fraicheur à une adresse incontournable du quartier, le Shri Mishrilal Hotel, où nous dégustons de délicieux Lassis, cette boisson typique de l’Inde à base de lait fermenté à la mangue, un délice. Une excellente boisson reconnue d’ailleurs pour apaiser les repas épicés… La nuit tombe doucement. Nous laissons l’agitation de la place pour nous rendre à pied jusqu’au château de Meranghar, l’un des plus beaux édifices du Nord de l’Inde construit par le fondateur de Jodhpur, le Rao Jodh. L’audio guide ici est indispensable tellement le lieu est fort d’une histoire incroyable, entre quête du pouvoir et extravagance des Mahrajahs successifs.
Le soir, les vols d’oiseaux autour des remparts en calcaire ocre rouge du Fort, créent un balai incessant sur les façades reflétant le coucher de soleil sublime sur la ville. Cette façade est magique de détails, de reliefs et de reflets, la finesse de l’ouvrage est époustouflante.
Jodhpur nous a conquis. Sa vieille ville où l’on s’y promène pendant des heures sous une chaleur étouffante, ses nombreux marchés aux multiples couleurs, son fort incroyable de démesure et surtout l’accueil de ses habitants. Notre périple continue, nous prenons le train pour Jaïpur demain, déjà. A très vite Jodhpur, ma ville bleue : je reviendrai, c’est promis. Namaste India !

Le Fort Mehrangarh au coucher de soleil
Le Fort Mehrangarh au coucher de soleil
Du bleu jusqu’au polo indien...
Du bleu jusqu’au polo indien…
Le Mehrangarh, vu de l’intérieur
Le Mehrangarh, vu de l’intérieur

Zoom sur Holi, la fête des couleurs en Inde

Holi est la fête de l’équinoxe du printemps en Inde. Elle a lieu dans toute l’Inde, avec une ferveur particulière dans le Nord, notamment à Mathura, ville de naissance de la divinité Krishna et à Vrindavan, dans l’État d’Uttar Pradesh, où la divinité passa sa jeunesse.
Les célébrations durent plusieurs jours, avant et après la grande fête du 23 et 24 mars. Pendant cette période, les castes se mélangent et les barrières sociales sont rompues, les hommes et les femmes sont égaux. La veille, des feux sont allumés dans toute la ville pour rappeler la crémation de Holika, une démone brulé par Vishnu. Mais surtout, pendant Holi, les gens s’aspergent de poudres de couleurs et d’eau, petits et grands dansent dans la rue…Nous avons passé la journée avec un groupe d’Indiens devenus par la suite nos amis à Mathura. Nous avons fait le tour des maisons, ou à chaque fois, des plateaux de pâtisseries indiennes nous attendaient. Pendant Holi, il est de tradition aussi de faire le tour des maisons pour déguster un plat typique, boire un tchai…
A ceux qui s’interrogent, nous avons posé la fameuse question aux indiens rencontrés : d’après eux, les couleurs n’ont pas de signification particulière mais ce n’est pas ce qu’on peut lire sur les guides. A vous de vous faire votre propre opinion…

Retrouvez d’autres récits de Brice sur son blog de voyages atypiques travelsgallery.fr

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